EPI 4e Presse : Le salaire du sniper (nouvelle)

Voici la nouvelle "Le salaire du sniper" de Didier Daeninckx, découverte dans le cadre de l’EPI Presse 4e3/4e4/4e5/4e6. Elle est découpée en 3 parties, tel que lu en classe. Vous pouvez également télécharger le fichier pdf. 

Le salaire du sniper de Didier Daeninckx (1/3)
Il n’y a rien de pire qu’un con?it qui s’éternise.
La pluie avait remplacé la neige de la veille, et une eau boueuse rongeait peu à peu les îlots de poudreuse. Quelques voitures ?laient droit devant, tous phares éteints, sur l’ancienne avenue de la Fraternité. Elles bondissaient sur le revêtement défoncé, plongeaient dans les mares noirâtres avant de disparaître derrière les murs ruinés du dépôt des autobus. De temps en temps, une silhouette s’aventurait sur le pont dont les lattes disjointes brinquebalaient au-dessus des remous de la Milva. Les gilets pare-balles donnaient des carrures de joueurs de football américain aux soldats interposés qui observaient la ville depuis leurs châteaux de sable. Au loin, un convoi blindé pénétrait sur le tarmac de l’aéroport pour venir hérisser ses canons autour d’un Hercule C130 chargé de vivres qui, tout juste posé, s’apprêtait déjà à repartir.
Il n’y a rien de pire qu’un con?it qui s’éternise.
C’est exactement ce que pensait ]ean-Yves Delorce en allumant sa première cigarette de la matinée, debout, derrière la vitre sale du Holiday Inn. La fumée lui brûla les poumons. Il se retourna vers le matelas posé à même le sol. La ?lle était partie dans la nuit et la griffe rouge de ses lèvres sur l’oreiller était la seule trace qu’elle avait laissée dans sa vie. Il s’approcha du lavabo et souleva en vain la commande du mitigeur : le groupe électrogène n’était pas encore en marche. Il revint dans la chambre pour emplir une petite casserole d’eau minérale qu’il ?t chauffer sur le camping-gaz, puis jeta deux cuillerées de Nescafé au fond d’un verre. Une rafale de mitrailleuse résonna sur les hauteurs, et il n’eut même pas besoin de regarder par la fenêtre pour savoir quelle batterie avait inauguré le mille six cent vingt-troisième jour de con?it. L’oreille suf?sait. Après quatre mois de présence pratiquement continue à Kotorosk, ]ean-Yves Delorce pouvait identi?er le son de toutes les pièces d’artillerie disposées sur les collines environnantes.
Il avala rapidement l’eau colorée avant de cogner du plat de la main contre la cloison pour signaler à son équipier qu’il était prêt, quand le téléphone cellulaire se mit à sonner. La voix de Polex se frayait un chemin dans le siècle qui séparait les bureaux climatisés parisiens du palace ravagé de Kotorosk. C’était un Basque massif qui répondait au nom de Paul Exarmandia, mais toute la profession l’avait comprimé en Polex le jour où il avait pris la direction du service étranger, le « pool extérieur » en jargon de métier.
- C’est toi, Delorce ? Ça va bien ?
- Comme un lundi...
- On est mardi...
- Justement !
Polex soupira.
- C’est calme ce matin ?
- Il ne faut pas se plaindre, le périf est dégagé...
Philippe, le cameraman, se glissa dans la chambre et interrogea Delorce du regard pour savoir avec qui il discutait. Le reporter obtura le micro avec sa paume.
- C’est Polex qui s’informe sur la météo...
La voix nasilla dans l’écouteur.
- Qu’est-ce qui se passe ? Tu m’entends ?
- À peu près, la batterie est en ?n de course...
- Très bien, Je vais faire vite... Je sors à l’instant de la conférence de rédaction élargie. Tout le monde était là, la grosse pomme et les fruits annexes... On s’est fait tirer dessus comme des lapins.
- Je n’aurais pas voulu être à ta place...
Le Basque se ?t cassant.
- Ecoute, tes vannes, ça va un temps… À ton âge j’avais déjà trois ans de crapahutage dans les Aurès, caméra 16 à l’épaule, et je m’en suis repris presque autant au Vietnam... On faisait la lumière au napalm...
- Ce n’est pas ce que je voulais dire...
- Je me fous de ce que tu voulais dire ! On verra où tu en seras à cinquant-cinq balais. En attendant, tes vannes, tu te les gardes, c’est tout.
Delorce se tourna vers Philippe qui feuilletait un exemplaire du Monde vieux d’une semaine exhumé de sous le matelas et, ayant capté son regard, leva les yeux au ciel.
- Excuse-moi... Qu’est-ce qu’ils nous reprochent exactement ?
- Ils ne parlent pas avec des mots mais avec des chiffres... Parts de marché, taux d’audience, indices de pénétration, répartition par couches socioprofessionnelles... En résumé, le journal a décroché de cinq points sur la moyenne du dernier trimestre par rapport à la concurrence. Tous les programmes qui suivent chutent d’autant, la pub, les télé?lms, les variétés... On ne joue plus notre rôle de locomotive...
- C’est un problème, mais je ne crois pas qu’on y puisse grand-chose à Kotorosk !

Le salaire du sniper de Didier Daeninckx (2/3)
Polex laissa peser un silence.
- Ce n‘est pas ce qu’ils ont l’air de penser...
- Écoute, Paul, tu sais bien qu’on ne va pas faire exploser l’audimat avec un con?it aussi enlisé que celui-ci ! Il faut être là au cas où ça pète parce que les éclats arroseront l’Europe entière... On ne joue pas le même rôle que les cow-boys de la Une... Ils débarquent une fois par mois en pro?tant d’un zinc de l’ONU qui amène la relève de Casques bleus, en deux jours ils mettent en boîte un sujet bidon, et ils repartent comme ils sont venus, aux frais des Nations unies !
- Le problème, c’est que leurs sujets font de l’audience, si bidon soient-ils... Il faudrait peut-être se poser des questions... La semaine dernière, en trois minutes, ils ont raconté l’histoire de ce couple qui avait vécu séparé pendant trois mois après la destruction du dernier pont sur la Milva... Avec, au ?nale, les retrouvailles sur les planches branlantcs du pont provisoire installé par les compagnons du Devoir venus spécialement de Bourgogne… Ils nous ont écraboui?és...
]ean-Yves Delorcc coinça le récepteur entre son épaule et sa joue pour allumer une cigarette.
- Tu veux que je t’explique comment ils ont bidouillé leur truc ?
- ]e me fous de la cuisine interne ! La réalité, c’est ce que les gens ont vu ! C’est comme la chute de Berlin...
- La chute du Mur, tu veux dire ?
- Non, la chute de Berlin, en 1945... Les Américains ont tourné des kilomètres de pellicule couleur dans les rues de la capitale du Reich. Du brut de décoffrage. De leur côté, les Russes ont emmagasiné de fausses actualités en noir et blanc. Ils ont reconstitué les principales phases de la bataille, juste derrière la ligne de front... L’image du soldat qui enlève l’emblème nazi sur le Reichstag pour planter le drapeau soviétique, on dirait du direct mais c’est presque deux jours de tournage ! Le hic aujourd’hui, c’est que, quand tu visionnes les archives, les Russes, ça fait vraiment vrai, tandis qu’avec les Américains tu as l’impression de te promener dans un studio d’Hollywood !

Delorce rejoignit son cameraman dans les vestiges des cuisines du Holiday Inn, et ils gagnèrent l’entrée du parking souterrain. Le taxi qu’ils réservaient au mois les attendait. C’était une Lada Niva poussive, aussi confortable qu’une brouette, qui leur ?t traverser le quartier résidentiel déserté et s’engouffra en couinant dans les sous-sols d’un supermarché calciné qui servaient de studios à la chaîne nationale. Ils recueillirent les con?dences bétonnées d’un émissaire russe et mirent en boîte quelques images de la conférence de presse hebdomadaire des généraux internationaux chargés de surveiller une frontière dont on avait feint d’oublier l’existence pendant cinq siècles. Delorce improvisa un commentaire, puis une monteuse que Philippe pratiquait en soirée appareilla les fragments avant de les envoyer par satellite à la régie parisienne. Ils s’étaient lassés assez rapidement de la tambouille d’inspiration lyonnaise que confectionnait le chef cuistot pakistanais du Holiday Inn en mélangeant les produits frais achetés au marché noir avec les rations allemandes fournies par le commandement onusien. Les dollars du défraiemeut leur ouvraient les portes blindées des quelques restaurants haut de gamme où les diplomates en poste à Kotorosk se mêlaient à toutes les variétés de pro?teurs de guerre. Ils commandèrent des truites de la Milva qu’on leur servit accompagnées des derniers champignons de l’automne, et ]ean-Yves Delorce attendit que le garçon se soit éloigné pour résumer à Philippe les critiques, de Polex sur leur travail commun. Le cameraman enleva la peau de son poisson avec dextérité puis détacha lentement les ?lets avec le plat de son couteau sans emporter la moindre arête. Il piquet les pointes de sa fourchette à l’intérieur de son demi-citron pour arroser la chair.
- On n’est pas plus cons que les autres... C’est toujours possible de bricoler un truc...
- Tu penses à quelque chose de précis ?
- Pas encore, c’est trop frais... Il suf?t de penser à un scénario et de dégoter les gugusses qui veuillent bien interpréter les rôles.
Delorce ?t la grimace.
- Qu’est-ce que tu as, c’est pas bon ?
Il posa ses couverts et hausse les épaules.
- Si, c’est parfait... Je vais te raconter une histoire…Il y a une dizaine d’années, alors que je débutais dans le métier, j’ai rencontré un photographe vedette de Paris-Match, sur un reportage. Les Iraniens venaient de faire sauter une bombe dans un T.G.V. Ce type avait trimbalé son objectif partout à travers le monde et rapporté des scoops à la pelle. Une véritable légende vivante. Il y avait de la viande partout... Les ?ics l’ont laissé passer dès qu’ils l’ont reconnu et il est monté dans le wagon... Je ne sais pas pourquoi, j’ai suivi le mouvement sans qu’il s’en aperçoive... Il y avait une petite môme dans un coin... Il a réglé son appareil, prit quelques clichés, puis il a sorti un objet de son sac... Je n’ai pas réussi à savoir quoi, sur le moment... Il l’a posé près du corps de la môme avant de ?nir sa pellicule...
- C’était quoi ?
- Attends... Il est sorti par l’autre porte. J’ai regardé en passant... Il n’y avait rien... J’ai acheté l’édition spéciale de Match... La photo ?gurait en une. Je la revois comme si je l’avais devant les yeux ! La moitié du visage de la gamine, ses cheveux répandus sur son épaule, sur son bras, et juste à côté de la main ouverte, une petite poupée au regard bleu... C’était à chialer ! Tu comprends, c’est ça qui en faisait toute la force : la poupée qu’il avait posée...
Philippe redonna de la couleur aux verres.
- Le pire, c’est qu’il avait pensé à l’apportcr...
- Je ne veux pas qu’on en arrive là, c’est tout.
- Ne t’en fais pas, ]ean-Yves, on va s’arranger pour n’avoir rien à rajouter.. .. Tu peux compter sur moi.
Plusieurs snipers avaient repris du service le long de la ligne de front et ils durent attendre la tombée de la nuit pour que le taxi mensualisé accepte de risquer la carlinguc asthmatiquc de sa Lada Niva sur l’avenue de la Fraternité. Une équipe de démineurs s’occupait d’un obus incendiaire qui s’était planté sans exploser dans les pelouses du Holiday Inn, un peu plus tôt, labourant les jasmins. La nuit fut calme : seules quelques balles traçantes et une fusée-parachute disputèrent la clarté du ciel aux étoiles.

Le salaire du sniper de Didier Daeninckx (3/3)
]ean-Yves Delorce fut réveillé par l’attaque vrillante d’une mèche de perceuse à percussion sur du béton armé. La direction de l’hôtel tentait une nouvelle fois de rétablir les circuits du téléphone et de la vidéo. Il parvint à se laver les cheveux en épuisant le peu d’eau tiède que la pomme de douche crachotait mais il dut se raser à sec. Il cogna à la cloison entre deux stridences de la Black et Decker. Le cameraman ne répondit pas à l’appel. Il se montra en ?n de matinée, au bar, alors que Delorce faisait semblant de s’intéresser aux solutions miracles pour faire revenir la paix dans l’enclave de Kotorosk qu’exposait un jeune politicien polonais formé dans une des nouvelles énarchies de l’Est.
- Où est-ce que tu étais passé ? Tu aurais pu prévenir.
Philippe commanda un ouzo qu’il troubla d’autant d’eau.
- Je voulais te faire la surprise.
Delorce se pencha vers lui, étouffant sa voix.
- Tu es sur une piste ?
- Je crois bien que oui... On doit me passer un coup de téléphone tout à l’heure pour la con?rmation.
- Et c’est quoi exactement ?
Le cameraman renversa la tête pour boire la dernière goutte d’amis et reposa son verre, satisfait.
- Le Gavroche des Balkans... L’histoire d’un petit môme qui tra?que entre les deux camps pour faire vivre sa famille... Tu achètes ?
- En tout cas je demande à voir. C’est cher ?
- Pas trop... Cinq cents dollars... La moitié cash, le solde après diffusion. Le problème c’est qu’il faut se décider rapidement, les types de CNN sont sur le coup.
Delorce rentra la tête dans les épaules quand un chasseur-bombardier passant à basse altitude s’attira quelques salves de D.C.A. qui parsemèrent le ciel de minuscules nuages éphémères. Il reprit sa stature normale.
- C’est d’accord... Je monte dans ma piaule. Tu me fais signe dès que tu as du nouveau.

La Lada Niva stoppa près d’une cuve d’essence touchée de plein fouet par un obus, dont les morceaux épars faisaient penser à des sculptures de Calder mises au rebut. Le conducteur du taxi se retourna sur son siège, un sourire désolé accroché aux lèvres, et il ?t appel à toutes ses connaissances en anglais, français et allemand pour leur dire que les voitures ne pouvaient aller plus loin sans risquer la désintégration. ]ean-Yves Delorce emboîta le pas à son équipier, le soulageant d’une partie de son matériel. Ils dépassèrent les limites de la zone industrielle et s‘engagèrent sous le viaduc de l’échangeur nord de Kotorosk. D’immenses plaques de béton recouvert d’asphalte pendaient le long des piliers, retenues par la ferraille de l’armature. Des panneaux émaillés indiquaient des destinations proches interdites depuis des années. Plusieurs dizaines de familles s’étaient réfugiées au centre du dispositif, sous quatre couches superposées d’autoroutes. Philippe s’arrêta près d’un type qui désossait le moteur d’une Wartburg et lui montra une adresse inscrite sur la languette intérieure de son paquet de Gitanes. Le mécano prit une cigarette qu’il coinça derrière son oreille avant de désigner un abri du doigt. Ils pénétrèrent dans une pièce de quatre mètres sur cinq aménagée entre les deux piliers d’une bretelle. Une demi-douzaine de gamins et de gamines regardaient un dessin animé japonais sur une télévision dernier cri alimentée par des batteries de voiture montées en série. Le plus âgé, qui devait avoir une quinzaine d’années, vint à leur rencontre. Il leur tendit la main puis, en hôte attentif, les ?t passer dans un réduit attenant qui semblait principalement servir à ranger les matelas au cours de la journée. Il discuta un assez long moment avec le cameraman pour ?nir de mettre au point les termes du contrat, et les deux cent cinquante dollars d’acompte changèrent de poche. Delorce s’impatientait.
- Il nous reste à peine trois heures avant que la nuit tombe...
- C’est bon, on a le temps ! Yochka, c’est comme ça qu’il veut qu’on l’appelle, va d’abord nous emmener dans le secteur de l’hôpital. Il connaît une combine pour passer derrière les lignes... Nous, on aura juste à le ?lmer depuis le bunker…
Le gamin con?a la garde de sa petite troupe à une brunette rigolarde, et ?t sortir les deux reporters par une trappe ménagée dans une cloison qui lui permettait d’échapper à la surveillance de ses voisins. La cheminée du crématorium de l’hôpital de Kotorosk apparut entre deux bosquets alors qu ’ils marchaient depuis un bon quart d’heure. Ils s’arrêtèrent à plusieurs reprises pour cadrer l’adolescent sur la tourelle rouillée d’un blindé de fabrication chinoise ou près d’un canon hors d’usage. Parvenu à proximité des bâtiments, Yochka leur assigna une place derrière une meurtrière et leur montra le chemin qu’il allait emprunter. Philippe véri?a le bon fonctionnement de la caméra puis il pointa l’objectif sur le gamin qui bondissait de trou d’obus en trou d’obus, qui pro?tait du moindre creux pour se mettre à l’abri, qui rampait lorsqu’il se savait à découvert... Il leur adressa un signe lorsqu’il eut atteint son objectif, une casemate chavirée entourée de barbelés. Des tirs éclatèrent sur une colline proche. Ils le virent réapparaître deux minutes plus tard, sa besace gon?ée comme une outre. L’adolescent emprunta le même chemin pour revenir vers eux, et il étala devant la caméra le produit de son incursion dans le no man’s land séparant les avant-posts des deux factions qui se disputaient le secteur. Philippe zooma sur un assortiment de boîtes de conserve cabossées, haricots verts, ravioli, bœuf en daube, sardines à la tomate, thon en miettes... Yochka leur expliqua qu’avant l’offensive de la milice de Dragan, la casemate abritait l’économat de l’hôpital et qu’il restait plusieurs centaines de kilos de vivres dans les décombres.
Ils ?lèrent ensuite vers les collines de Doudrest. Des plaques de neige durcie par le vent subsistaient sur les pentes exposées au nord. Ils contournèrent la cabine des remontées mécaniques et l’immense roue métallique qui l’avait à moitié écrasée lors de sa chute. Yochka shoota dans le casque troué d’un milicien. Il pointa le doigt en direction d’une série de petits enclos, de minuscules maisons de bois regroupées au creux d’un vallon. Delorce prit le cameraman par la manche.
- Il ne faut pas qu’il aille là-bas... Il y a une batterie et des mortiers juste en face... On les a ?lmés il y a deux mois... Ce sont de véritables dingues !
Philippe remplaça posément la cassette parvenue en bout de course, assura la caméra sur son épaule et cadra la silhouette de Yochka qui zigzaguait devant eux.
- Ne t’inquiète pas, il sait ce qu’il fait.
Une roquette ?t voler un pan de mur en éclats, de l’autre côté de la vallée, tandis que le jeune garçon progressait sur le chemin du retour. Il se plaqua au 301 avant de reprendre sa course. Il vida une nouvelle fois sa besace devant l’objectif et gratta la terre des jardins ouvriers des faubourgs de Kotorosk pour faire admirer aux deux journalistes la qualité des légumes d’hiver qui y poussaient. Ils redescendirent vers le centre de la ville et se tinrent à distance de Yochka, simulant une caméra cachée, quand celui-ci s’installa sur le rebord de la fontaine des Trois Indépendances pour vendre les boîtes de conserve, les carottes, les choux, attachés aux zones interdites. Le taxi les attendait à un kilomètre de là, près de l’ancien musée ottoman. Philippe s’arrêta devant les vestiges des premières forti?cations de Kotorosk érigées par les légionnaires romains. À sa demande, Yochka escalada de bonne grâce les pierres érodées. Son corps se découpait à contre-jour dans le ciel quand le coup de feu claqua. Il jeta ses bras dans l’air, tournoya comme un oiseau blessé et s’abattit aux pieds de ]ean-Yves Delorce.

Des extraits du « Gavroche de Kotorosk » furent diffusés dès le lendemain aux journaux de treize et vingt heures, et de nombreuses bandes-annonces constellèrent l’antenne afin de drainer les spectateurs de chaque tranche horaire vers le numéro spécial de « Reporters du monde » que Polex avait programmé pour le prime time du mercredi. ]ean-Yves Delorce avait réussi à se faire embarquer par un détachement de Casques bleus qui partaient en permission à Rome, puis un avion privé affrété par la chaîne l’avait déposé au Bourget. Il prit quelques heures de repos dans un palace du Front de Seine.
Plus de quinze millions de téléspectateurs écarquillèrent les yeux quand le générique de l’émission s’incrusta sur les écrans.
Au même moment, Philippe, son cameraman, traversait le pont aux lames disjointes jeté au-dessus des eaux boueuses de la Milva. Il tendit les deux cent cinquante dollars au sniper qui l’attendait derrière une école maternelle détruite.

 
Document(s) joint(s) :
 

EPI 4e Presse : consignes des 4 productions

Au cours de l’EPI Presse 4e, les élèves sont amenés à réaliser 4 productions :
- une revue de presse (en binôme) sur un conflit contemporain dans le monde
- une interview (en binôme) sur les droits et devoirs des journalistes
- une critique (individuelle) sur la nouvelle Le salaire du sniper
- une enquête (individuelle) sur une question d’Education aux Médias et à l’Information (EMI)
Les fiches consignes sont à retrouver ci-dessous pour les élèves. 

 
 

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